DÉCISION III E CONFÉRENCE PANORTHODOXE PRÉCONCILIAIRE
CHAMBÉSY, 28 OCTOBRE – 6 NOVEMBRE 1986
ÉGLISE ORTHODOXE ET MOUVEMENT ŒCUMÉNIQUE
1. L’Église
orthodoxe, dans sa conviction intime et dans sa conscience ecclésiale d’être la
détentrice et le témoin de la foi et de la tradition de l’Église une, sainte,
catholique et apostolique, croit fermement qu’elle occupe une place centrale
dans le monde d’aujourd’hui pour ce qui touche au progrès de l’unité des
chrétiens.
2. L’Église
orthodoxe constate qu’au cours de l’histoire, pour des raisons variées et de
diverses manières, on a vu apparaître des déviations nombreuses et importantes
par rapport à la tradition de l’Église indivise. C’est ainsi que se sont
manifestées dans le monde chrétien des conceptions divergentes au sujet de
l’unité et de l’essence même de l’Église.
L’Église
orthodoxe assoit l’unité de l’Église sur le fait qu’elle a été fondée par notre
Seigneur Jésus-Christ, ainsi que sur la communion dans la Sainte Trinité et
dans les sacrements. Cette unité s’exprime à travers la succession apostolique
et la tradition patristique, et a été vécue jusqu’à ce jour en son sein.
L’Église orthodoxe a la mission et le devoir de transmettre toute la vérité,
contenue dans la sainte Écriture et la sainte Tradition, et qui donne à
l’Église son caractère universel.
La responsabilité de l’Église
orthodoxe ainsi que sa mission œcuménique quant à l’unité de l’Église ont été
exprimées par les Conciles œcuméniques. Ceux-ci ont souligné tout
particulièrement le lien indissoluble qui existe entre la vraie foi et la
communion eucharistique. L’Église orthodoxe a toujours cherché à entraîner à sa
suite les différentes Églises et Confessions chrétiennes vers la recherche en
commun de l’unité perdue des chrétiens, afin que tous aboutissent à l’unité de
la foi.
3. L’Église
orthodoxe, qui prie sans cesse pour l’union de tous, a pris part au Mouvement
œcuménique dès sa naissance et a contribué à sa formation et à son
développement ultérieur. D’ailleurs, de par l’esprit œcuménique qui la
distingue, l’Église orthodoxe a toujours combattu, au cours de l’histoire, pour
le rétablissement de l’unité chrétienne. Ainsi donc, la participation orthodoxe
au Mouvement œcuménique ne va aucunement à l’encontre de la nature et de
l’histoire de l’Église orthodoxe. Elle constitue l’expression conséquente de la
foi apostolique dans des conditions historiques nouvelles et face à de
nouvelles exigences existentielles.
4. C’est dans
cet esprit que toutes les saintes Églises orthodoxes locales participent
activement aujourd’hui à différents organes nationaux, régionaux ou
internationaux du Mouvement œcuménique, et prennent part à différents
dialogues, bilatéraux et multilatéraux ; cela malgré les difficultés et les
crises qui peuvent surgir occasionnellement dans le cheminement normal de ce
même Mouvement. Cette activité œcuménique pluridimensionnelle a sa source dans
le sentiment d’une responsabilité et dans la conviction que la coexistence, la
compréhension réciproque, la collaboration et les efforts communs vers une
unité chrétienne sont essentiels, pour ne pas créer d’obstacle à l’Évangile du
Christ (I Cor 9,12).
5. Un des
principaux organes du Mouvement œcuménique contemporain est le Conseil
œcuménique des Églises (COE). Malgré le fait qu’il ne regroupe pas en son sein
toutes les Églises et Confessions chrétiennes, et que d’autres organismes
œcuméniques remplissent aussi une mission fondamentale dans le progrès du
Mouvement œcuménique pris de manière plus large, le COE représente à l’heure
actuelle un organe œcuménique structuré. Certaines Églises orthodoxes ont été
membres fondateurs de ce Conseil ; et par la suite, toutes les Églises
orthodoxes locales en sont devenues membres. Comme on l’a déjà signalé à l’échelon
panorthodoxe (IVe Conférence panorthodoxe, 1968), l’Église orthodoxe constitue
un membre à part entière et à part égale du Conseil œcuménique des Églises, et
met en œuvre tous les moyens dont elle dispose pour contribuer au progrès et à
la bonne marche de l’ensemble des travaux du COE.
6. Cependant
l’Église orthodoxe, fidèle à son ecclésiologie, à l’identité de sa structure
interne et à l’enseignement de l’Église indivise, tout en participant au COE,
refuse absolument l’idée de l’égalité des confessions et ne peut concevoir
l’unité de l’Église comme un rajustement interconfessionnel. Dans cet esprit,
l’unité recherchée dans le COE ne peut être simplement le produit d’accords
théologiques. Dieu appelle tout chrétien à l’unité de la foi, telle qu’elle est
vécue dans le mystère et la tradition au sein de l’Église orthodoxe.
7. Les Églises
orthodoxes membres du COE reconnaissent l’article-base de sa Constitution, son
but et ses aspirations. Elles sont intimement convaincues que les présupposés
ecclésiologiques contenus dans la Déclaration de Toronto (1950), intitulée
L’Église, les Églises et le Conseil œcuménique des Églises, sont d’une
importance capitale pour la participation orthodoxe audit Conseil. Il va de
soi, dès lors, que le COE n’a rien d’une super-Église et ne doit en aucun cas
le devenir. Le but poursuivi par le Conseil œcuménique des Églises n’est pas de
négocier l’union des Églises, ce qui ne peut être le fait que des Églises
elles-mêmes, sur leur propre initiative ; il s’agit plutôt de créer un
contact vivant entre les Églises et de stimuler l’étude et la discussion des
problèmes touchant à l’unité chrétienne (Déclaration de Toronto, § 2).
8. Les études
théologiques et les autres activités inscrites aux programmes du COE sont des
moyens de rapprochement des Églises. Mention soit faite, en particulier, de la
Commission « Foi et Constitution », qui poursuit l’œuvre du
« Mouvement universel pour la Foi et la Constitution ». Signalons que
le texte « Baptême, Eucharistie, Ministère », élaboré par ladite
Commission avec la participation de théologiens orthodoxes, ne reflète pas la
foi de l’Église orthodoxe sur de nombreux points d’importance capitale. Il
constitue malgré tout un pas important dans l’histoire du Mouvement œcuménique.
9. Le COE,
cependant, en tant qu’instrument au service des Églises-membres, ne s’occupe
pas seulement du dialogue multilatéral mené dans le cadre de la Commission
« Foi et Constitution ». Le large éventail de ses activités, que ce
soit dans les domaines de l’évangélisation, de la diaconie, de la santé, de la
formation théologique, du dialogue interreligieux, de la lutte contre le
racisme, du progrès des idéaux de paix et de justice, recouvre des besoins
propres aux Églises et au monde actuel, et donne l’occasion d’un témoignage et
d’une action communs. L’Église orthodoxe apprécie cette activité
pluridimensionnelle du COE et collabore activement, du mieux qu’elle le peut,
dans les domaines dont il a été question.
10. La VIe
Assemblée générale du COE à Vancouver a vu s’ouvrir des perspectives nouvelles
pour une participation plus importante des Orthodoxes au sein du COE.
L’équilibre que l’Assemblée de Vancouver à tenté d’instaurer entre les tâches
théologiques et sociales du Conseil ouvre des horizons nouveaux pour la
pénétration de la pensée théologique orthodoxe dans la vie et les activités du
COE.
11. Il est un
fait cependant que le témoignage fondamental de l’Orthodoxie et son apport
théologique spécifique perdront de leur force si on n’offre pas aux Églises
orthodoxes les conditions nécessaires leur permettant d’agir à égalité avec les
autres membres du COE, sur la base de leur propre identité ecclésiologique et
selon leur propre mode de pensée ; ce qui n’est pas toujours le cas, vu la
structure et les principes de procédure qui régissent le fonctionnement du COE.
Cela vaut
également pour la participation et la collaboration des Églises orthodoxes
locales à d’autres organisations interchrétiennes comme la Conférence des
Églises européennes (KEK) ou tout autre Conseil local ou régional auquel
l’Église orthodoxe est appelée à collaborer et apporter son témoignage.
Concernant ce
qui précède, notre inquiétude s’exprime ici de voir le COE s’élargir sans cesse
en acceptant comme nouveaux membres différentes communautés chrétiennes. À long
terme, cette évolution ne pourra qu’amoindrir la présence orthodoxe dans les
différents corps administratifs et consultatifs du COE, et ceci au détriment
d’un dialogue œcuménique sain mené dans le Conseil. C’est pourquoi il faut
élaborer de nouvelles dispositions nécessaires pour permettre à l’Église
orthodoxe de donner le témoignage et la contribution théologique que le COE
attend d’elle, selon l’accord déjà intervenu entre le COE et les Églises
orthodoxes membres (Desiderata de Sofia).
12. L’Église
orthodoxe est consciente du fait que le Mouvement œcuménique prend des formes
nouvelles pour répondre à des situations nouvelles et faire face aux défis
nouveaux du monde actuel. Sur cette voie, il est indispensable que l’Église
orthodoxe donne son apport créatif et son témoignage sur la base de la
tradition apostolique et de sa foi. Nous prions pour que toutes les Églises
orthodoxes œuvrent en commun afin que le jour soit proche où le Seigneur
comblera l’espoir des Églises : Un seul troupeau, un seul berger (Jn
10,16).
POINTS NÉCESSITANT UNE ACTION
IMMÉDIATE
1. La
nécessité de trouver au sein du Conseil œcuménique des Églises, de la
Conférence des Églises européennes et des autres Organisations interchrétiennes
les conditions nécessaires pour permettre aux Églises orthodoxes d’agir à
égalité avec les autres membres des Organisations susmentionnées, sur la base
de leur propre identité ecclésiologique et selon leur propre mode de
pensée ; ce qui souvent n’est pas le cas, vu la structure et les principes
de procédure qui régissent le fonctionnement des Organisations interecclésiales
précitées.
Il faut en
outre que soient élaborées, tant au sein du COE que des autres Organisations,
de nouvelles dispositions nécessaires pour que l’Église orthodoxe puisse donner
le témoignage et la contribution théologique qu’attendent d’elle ses
partenaires du Mouvement œcuménique.
En ce qui
concerne particulièrement les relations de l’Église orthodoxe avec le COE, il
faut que soient appliqués également les autres points figurant dans les
Desiderata de Sofia et dont on ne s’est pas encore soucié.
2. L’Église orthodoxe, dans sa participation au dialogue théologique
multilatéral mené dans le cadre de la Commission « Foi et Constitution »,
doit trouver les moyens de coordonner ses efforts, notamment en ce qui concerne
les critères ecclésiologiques de sa participation à ce dialogue multilatéral.