Vers le milieu du patriarcat inspiré du patriarche Athénagoras (1948-1972), une idée brillante et audacieuse, pour l’époque, a jailli. Au bureau patriarcal d’abord, au Synode ensuite, on a commencé à discuter de la nécessité de faire quelque chose de substantiel et de systématique pour présenter et servir le Patriarcat. Sous une forme concrète et de juste dimension, ce quelque chose de précis et de bien planifié concernerait le rôle que le Trône œcuménique était appelé à jouer durant les décennies mouvementées au lendemain de la Deuxième guerre mondiale.
Au vu de la responsabilité assumée par le Trône et de la contribution qu’on attendait de lui, il a été jugé utile et indispensable que le Patriarcat se dote d’une « Tribune » à l’étranger, d’un « Toit » hors d’Istanbul. Un Toit d’où les messages directs et plus universels de l’orthodoxie émanant du Phanar pourraient dorénavant être diffusés sur une base permanente et de façon systématique.
Cette idée a séduit tous les hiérarques du Trône, des plus âgés et plus pondérés aux plus jeunes aussi, nous qui en partagions davantage le principe, les desseins, mais aussi les questionnements.
Le patriarche Athénagoras exposait ses idées. Il avait précisé ses objectifs. Il parlait d’un Centre concret, qu’il voyait et situait, presque exclusivement, en Suisse, à Genève plus particulièrement.
On pourrait se demander : Pourquoi spécialement à Genève ?
Car, par sa nature et son emplacement, ce Centre patriarcal devrait être proche des organisations internationales parallèles, établies à Genève : les Nations Unies, la Croix Rouge Internationale, le Bureau International du Travail et, surtout, le Conseil Œcuménique des Églises. Rappelons que le Patriarcat œcuménique participait au COE en qualité de membre fondateur et qu’il y coopérait à tous les niveaux d’activité depuis le premier jour de la création de celui-ci en 1948. D’ailleurs, bien avant cette date, surtout à partir de 1920, le Patriarcat avait de nouveau fait œuvre de pionnier. Il avait affirmé au monde chrétien sa volonté et son intention de créer une « Société des Églises », calquée – à l’époque – sur la Société des Nations qui venait d’être fondée et qui engageait son action.
Un « Toit » donc Un Centre patriarcal à l’étranger qui serait à la disposition du Patriarcat œcuménique et, par lui, de l’orthodoxie tout entière ; qui aurait même une présence interorthodoxe, interchrétienne, interreligieuse et, le cas échéant, internationale. Un Centre patriarcal dont il faudrait naturellement préciser les buts poursuivis sous tous leurs aspects.
Hormis la tâche consistant à exposer la pensée et la tradition orthodoxes et constantinopolitaines, le Centre devrait témoigner, avec pertinence et cohérence, des positions théologiques orthodoxes sur les problèmes soulevés dans l’orthodoxie et dans la chrétienté. Cultiver les lettres théologiques, la recherche théologique, en confrontant les thèses orthodoxes aux données occidentales, catholiques romaines et protestantes, mais au-delà aussi dans le vaste horizon d’Occident et d’Orient. Cultiver l’esprit de dialogue, surtout avec les religions monothéistes, devrait aussi compter parmi ses premiers soucis. Cependant, les conférences interorthodoxes étaient déjà engagées pour préparer la réunion du saint et grand Concile – avec les trois Conférences panorthodoxes successives, déjà réalisées à Rhodes (1961, 1963 et 1964). Compte tenu de ce fait et pour faire face à ce travail énorme, il faudrait naturellement disposer d’un Centre approprié pour abriter les travaux préparatoires et les étapes correspondantes de la Commission interorthodoxe et des Conférences panorthodoxes. Dans ce vaste domaine, qui présupposait aussi la mise en place du Secrétariat pour la préparation du Concile, la création du Centre s’avérait une nécessité incontournable. D’autant plus que l’Église ressentait déjà le besoin de développer aussi dans ce sens l’enseignement théologique et la formation continue de ses propres cadres et de ceux des Églises sœurs, au niveau scientifique supérieur. Cette dernière tâche était prévue et pouvait certainement être organisée sous le toit du Centre patriarcal à l’étude.
C’était la vision du Phanar. La vision du patriarche Athénagoras. La vision de la Grande Église du Christ.
Le Saint-Synode et les autres hiérarques du Patriarcat ont embrassé cette vision de leur Patriarche.
Cependant, les questions soulevées étaient nombreuses et graves. Comment, où et par quels moyens, financiers et autres, planifier, dessiner et réaliser cette œuvre ? Comment s’assurer la coopération des institutions étatiques et des instances ecclésiastiques ? Quelles personnes et combien de personnes engager dans une telle entreprise ?
Dieu a montré et donné les possibilités de réaliser ces desseins de grande envergure.
Il a d’abord présenté au Patriarcat le couple Georges et Katingo Lémos. Nul besoin d’analyser comment et pourquoi ce couple de bienfaiteurs s’est offert d’assumer le coût, financier surtout, de cette action hardie de l’Église Mère. Dieu, qui bénit les bons desseins, dispense aussi les occasions de les réaliser. Il indique les personnes susceptibles de fournir les solutions appropriées.
La question soulevée d’emblée était de trouver et d’acquérir un terrain convenable à Genève et, si possible, un bâtiment pour abriter initialement le Centre à l’étude. Le premier Conseil désigné par l’Église s’est livré à des recherches et a déployé de nombreux efforts dans ce sens. À cela s’ajoutaient des difficultés pour obtenir le permis de la part des autorités genevoises, très strictes en la matière, et celles concernant le voisinage. Le Patriarcat a fait appel à cinq personnes pour assumer les premières tâches de l’entreprise : Théodore Lagonikos, Georges Dambassis, Panayotis Sistovaris, Amalia Colocotronis et l’archimandrite Zacharie Xintaras.
Ces personnes ont trouvé le site admirable de Chambésy, le grand terrain et la demeure de trois étages, disposant de plusieurs pièces, de deux salles de réunion et de locaux secondaires. Dans une belle commune du canton de Genève, le terrain est situé sur une hauteur d’où la vue sur le lac est superbe, descendant en pente douce et dont la configuration se prêtait bien aux projets de construction.
Amalia Colocotronis en tête, des dames de la paroisse grecque de Genève, les bienfaiteurs Georges et Katingo Lémos, et les membres dudit Conseil se sont chargés d’aménager le bâtiment et les annexes, de sorte qu’à son arrivée à Genève, après sa visite à Rome et à Canterbury (1965), le patriarche Athénagoras puisse y séjourner et inaugurer le nouveau Centre patriarcal.
Les locaux et surtout la salle aménagée en chapelle donnaient l’image d’un véritable « nid » permettant, dans une première étape, au Centre patriarcal créé d’y abriter ses multiples activités et de fonctionner efficacement.
Je me souviens du travail consciencieux, rapide et efficace que nous avions entre-temps fourni au Phanar, au sein de la « Commission des provinces et des établissements de l’étranger ». Elle était présidée par le métropolite Chrysostome de Néocésarée et composée de frères hiérarques désireux d’y apporter leur précieuse collaboration (les métropolites Méliton de Chalcédoine – à l’époque d’Héliopolis –Maxime de Sardes et d’autres, parmi lesquels mon humble personne). Du côté de l’Église, il s’agissait de déterminer et d’élaborer la forme canonique du Centre : en sa qualité de Stavropégie patriarcale, il devait être sous l’obédience directe du Patriarcat œcuménique quant à son église dédiée à saint Paul l’apôtre des Nations ; en sa qualité de Centre patriarcal, ses fonctions devaient émaner de l’Église Mère et être définies par elle.
Dès lors, le Tome de fondation patriarcal et synodal du Centre a été soigneusement élaboré et diffusé par le patriarche Athénagoras le 7 juin 1966. Il était assorti des Statuts définissant la personnalité canonique du Centre et décrivant minutieusement tout ce qui se rapporte à ses multiples fonctions et activités, du moment et futures.
Je n’examinerai pas en détail ces deux documents patriarcaux, traités ailleurs dans ce volume.
Il importe de noter ici que, faisant preuve de persévérance et de ponctualité, le Centre a très vite commencé à fonctionner et à s’acquitter des obligations découlant des activités que lui avait assignées l’Église Mère avec, bien sûr, la contribution directe et l’assistance du Patriarcat, grâce aussi à l’abnégation des personnes – toujours peu nombreuses, mais animées par le sentiment d’émulation et l’ardeur au travail – appelées à servir dans cette institution encore jeune mais tellement prometteuse.
Mention sera dûment faite de tout cela ailleurs dans ce volume. Permettez-moi, cependant, de dire quelques mots, plus spécialement, sur la première chapelle de Chambésy : Confrontés aux expériences, nouvelles pour nous à cette époque, dans le domaine de nos obligations interorthodoxes, c’est là que nous trouvions refuge pour demander au Paraclet de nous dispenser Sa grâce et Son soutien dans notre travail responsable et souvent ardu. C’est là que, dans la prière et le recueillement, nous cherchions et trouvions les solutions à nos problèmes. C’est là, enfin, que nous clôturions nos travaux, en chantant en chœur, émus, l’hymne : « Nous avons vu la vraie lumière… ». Des moments inoubliables. Dans l’exiguïté de la pièce, nous vivions l’immensité de la Volonté Suprême de Dieu qui nous appelait à l’unité. Sous le toit de la petite chapelle, nous goûtions à la grandeur de l’orthodoxie dans une expérience inégalable.
Cependant, le travail du Centre était destiné à s’ouvrir continuellement à de nouveaux horizons, à un éventail d’activités toujours plus grand.
Dieu appela auprès de lui le patriarche Athénagoras en juillet 1972.
Il avait été donné au bienheureux Patriarche de voir l’institution progresser et s’épanouir. Son décès scelle la première et très importante période de vie et d’action du Centre. La fondation du Centre est le fruit de son inspiration, de son initiative et de l’élan qu’il lui a donné. Le Centre est son œuvre. Ce n’est sans doute pas la seule de son patriarcat fructueux, mais certainement une des plus importantes. Que sa mémoire soit éternelle !
Le patriarche Dimitrios, dans le sillage de son prédécesseur, est celui qui, avec affection et sollicitude, a contribué et réussi à consolider le Centre.
Le temps était venu pour le Patriarcat œcuménique d’envisager l’idée et d’entreprendre l’agrandissement des installations immobilières de Chambésy. Lui faire acquérir une église moderne, destinée à accueillir non seulement les paroissiens grecs orthodoxes de Genève, mais aussi les réunions panorthodoxes, de plus en plus nombreuses, les travaux des divers dialogues théologiques bilatéraux, les autres congrès et séminaires scientifiques, etc. Dès lors, face à ces obligations accrues, il fallait que le Centre soit logé dans un bâtiment plus fonctionnel.
L’étude complexe a ainsi commencé, destinée à agrandir le Centre sur le même vaste terrain situé sur la hauteur de Chambésy. Les commanditaires étaient d’accord. Ils ont généreusement soutenu les décisions et les efforts de l’Église. Les architectes, brillants et enthousiastes, se sont mis au travail. Plans sur plans. Comités pour choisir le meilleur projet, le plus avantageux aussi. Études écologiques, environnementales, financières surtout, mais aussi morphologiques pour répondre, tout à la fois, aux besoins du Centre et aux normes de l’État ; ce dernier point étant un problème majeur, comme je viens de le dire.
Finalement, le permis a été accordé au complexe actuel. Au centre, la grande église d’architecture moderne. Ensuite, son iconographie, comportant des compositions et des thèmes néo-byzantins et, plus tard, méta byzantins, œuvres des artistes R. Kopsidis et J. Mitrakas. Elles ont valu à l’église de figurer parmi les sites à visiter à Genève. Enfin, le bâtiment propre du Centre, dessiné et construit suivant un plan fonctionnel proportionné aux buts que ce Toit patriarcal était appelé à servir. La pierre de fondation fut posée. L’architecte, le professeur Georges Lavvas, accomplit son travail avec amour et assiduité.
Qui sont ceux qui ont financé la construction du Centre, d’un coût imprévisible élevé ? Le couple Lémos, bien sûr, mais aussi d’autres orthodoxes dont les noms figurent sur les plaques commémoratives : Les familles Pisanis, Lagonikos, Hollenbach d’Istanbul, Ghertsos, Danial, Perdikis, G. Ventouras, et d’autres. Parmi les non orthodoxes, citons aussi tout particulièrement les conférences des évêques catholiques romains d’Allemagne et de Suisse, l’évêque évangélique H. Kunst, le cardinal J. Höffner, et d’autres.
Entre-temps, le personnel dirigeant du Centre avait été remplacé, surtout en la personne du président-directeur qui assumerait désormais les besoins et les services accrus, tels qu’ils étaient définis dans le Tome de fondation et que le Phanar renouvelait par de nouvelles instructions données à chaque fois.
En 1969 – après la démission de l’archimandrite Zacharie Xintaras, premier directeur désigné par l’Église – le patriarche Athénagoras appela à cette fonction l’archimandrite Damaskinos Papandréou, higoumène du centre monastique orthodoxe de Taizé, en France, installé parmi les Frères de Taizé, nouveau courant monastique protestant. L’archimandrite Damaskinos était la personne indiquée pour la circonstance : ecclésiastique formé au Phanar, théologien formé à Halki, ayant accompli des études de doctorat en Allemagne, parlant les langues européennes, connu pour son ministère dévoué partout où il avait été appelé à servir, il s’est entièrement voué à compléter l’ouvrage grandiose des installations immobilières et, ensuite, à y faire fonctionner efficacement le Centre.
En 1970, l’Église a promu l’archimandrite Damaskinos évêque titulaire de Tranoupolis et, en octobre 1982, métropolite du nouveau Diocèse de Suisse, détaché de celui d’Autriche sous le patriarcat du patriarche Dimitrios. En cette qualité, le métropolite Damaskinos de Suisse a servi l’Église jusqu’à sa maladie soudaine survenue en 2001.
Durant des années, il a été directeur du Centre patriarcal et, en même temps : secrétaire pour la préparation du saint et grand Concile ; président du Conseil d’administration du Centre ; recteur de l’Institut d’Études Supérieures en Théologie Orthodoxe, créé entre-temps ; président des dialogues avec les anciennes Églises non chalcédoniennes, l’Église vieille-catholique, l’islam et le judaïsme ; membre de nombreuses missions ecclésiales et, naturellement, le pasteur infatigable du Diocèse de Suisse. Des personnes compétentes et dévouées se sont trouvées à ses côtés pour l’assister dans son travail, des jeunes, ecclésiastiques et laïcs, talentueux, partageant la mentalité du Phanar et de Halki, tels l’évêque Makarios de Lampsaque, son auxiliaire, le couple Gary et Georgia Vachicouras, Mme Théodora Nicolopoulos et d’autres collaborateurs fidèles dans les activités du Diocèse et du Centre.
Revenons cependant à l’attitude et à la contribution du patriarche Dimitrios, destinées à consolider le Centre.
À l’occasion de la consécration de la nouvelle église, dédiée à l’apôtre Paul (18-19 octobre 1975), le patriarche Dimitrios et le Saint-Synode ont diffusé l’importante, par son contenu et ses ordonnances, Lettre patriarcale et synodale scellée, datée du 19 octobre 1975. La lettre donnait un nouvel élan aux activités du Centre dont le programme était déjà multiple et varié. Elle ouvrait de nouvelles perspectives à la recherche et au travail théologique, parmi lesquelles la création d’une « pépinière théologique ». Aux termes du document, le Centre allait devenir « tout particulièrement une pépinière théologique scientifique, d’orientation œcuménique, destinée à former au degré d’études supérieures des cadres originaires des très saintes Églises orthodoxes locales, utiles aux besoins de leurs Églises, spécialisés dans la conduite de dialogues interorthodoxes et interconfessionnels… ». Dieu a réservé à Sa Sainteté l’actuel patriarche Bartholomaios de réaliser, au cours de son glorieux patriarcat, ce nouveau projet que je pourrais qualifier de prophétique.
Telle que ladite Lettre la décrit, cette initiative de consolidation du Centre, due au patriarche Dimitrios, a été et continue d’être d’importance historique, compte tenu des conditions et des préoccupations des Églises orthodoxes à l’époque. En effet, l’orthodoxie s’était attachée de toutes ses forces à préparer le saint et grand Concile, et à engager une série de dialogues théologiques bilatéraux. C’était une activité sans précédent qui plaçait de fait le Centre patriarcal et toutes ses activités établies au centre d’intérêt des Églises. Le lecteur trouvera des descriptions circonstanciées de ces activités dans un autre chapitre de ce volume.
En concluant cette partie de mon exposé, je voudrais signaler ce qui se répandait, comme esprit et comme pratique, à travers la vie calme du patriarche Dimitrios : son amour constant et confirmé envers le Centre, et sa sollicitude de le doter d’une assise institutionnelle par ladite Lettre. De le soutenir aussi par d’autres décisions patriarcales et synodales, dont sa correspondance fait état. Ces décisions concernent les obligations accrues et les accomplissements du Centre dont il disait, à sa manière simple et humaine : « C’est la fierté de l’Église Mère ». Ce sont des éléments de consolidation de ce Toit, sacré et respecté par nous tous, du Trône.
Parlons à présent de Sa Sainteté le patriarche Bartholomaios. En un mot, je dirais que sa prise de position consiste à développer au maximum la vie et l’action du Centre. L’impulsion que la création de l’Institut d’Études Supérieures en Théologie Orthodoxe a donnée à ses activités était sans doute d’une énorme importance.
L’idée de créer une telle institution sous le toit du Centre était conçue, comme je l’ai déjà dit, dans la Lettre de 1975. Pour le Patriarcat œcuménique, c’était une initiative non simplement prévue, mais en soi prévisible. C’est Sa Sainteté le patriarche Bartholomaios qui a décidé de réaliser cette volonté de l’Église Mère, associant ainsi son nom et son patriarcat à un acte d’envergure panchrétienne.
D’abord, avec l’approbation de l’Église et grâce aux démarches et aux consultations du Directeur du Centre, le Ministère grec de l’éducation et des cultes a donné son accord de principe et en a adopté l’idée. Il a ensuite juridiquement reconnu et institutionnellement soutenu le « caractère académique » et la valeur universitaire de l’Institut en voie de création.
Ensuite, le Directeur du Centre s’est entendu avec les Facultés de théologie des universités respectivement de Genève (protestante) et de Fribourg (catholique romaine) pour s’assurer leur collaboration avec notre Institut en création, à tous les égards, théoriques et pratiques, entérinée par une Convention tripartite.
À l’issue de quoi, sur la base du rapport circonstancié que le Directeur du Centre avait soumis à Sa Sainteté et au Saint-Synode, grâce au concours aussi du métropolite Athanase d’Héliopolis et Theira, compétent en la matière en sa qualité de président de la Commission synodale pour les établissements à l’étranger, appréciant l’avantage de l’opération, l’Église Mère a décidé de créer cet Institut.
Le Tome patriarcal de fondation (7 juillet 1996), élaboré à cet effet, règle minutieusement tout ce qui se rapporte à l’Institut. Une autre contribution dans ce volume commémoratif en relate les faits.
L’Église Mère a confié au métropolite Damaskinos de Suisse, directeur du Centre, à l’auteur de cet article, professeur Chrysostome Constantinidis, métropolite d’Éphèse, et au professeur Vlassios Phidas, de déterminer et de formuler en détail le fonctionnement de l’Institut. Ceux-ci ont soumis à l’Église deux documents portant sur la création et le fonctionnement de l’Institut. Le premier comprend les principes institutionnels et les détails du fonctionnement de l’Institut, se rapportant aux accords passés avec les universités de Fribourg et de Genève dont la collaboration garantit l’équivalence et la reconnaissance universitaire de l’Institut orthodoxe, ainsi que des diplômes décernés à ses étudiants qui sont valables en Suisse et dans tous les pays occidentaux au niveau international. Du point de vue ecclésial, la Lettre patente, remise à chaque diplômé et signée par le Patriarche œcuménique, sanctionne les études supérieures dispensées à l’Institut patriarcal, et elle certifie qu’elles sont valides et reconnues. Le second document, avec l’aval patriarcal, règle : le fonctionnement interne de l’Institut ; son caractère autonome ; son activité déployée au sein de la personne morale du Centre ; les rapports entre les deux institutions parallèles (Centre et Institut) ; les fonctions de gestion et autres assignées aux Corps administratifs de l’Institut (Conseil académique et Comité scientifique) ; les rapports et les tâches, par secteur de service, des personnes engagées à l’Institut, et tout ce qui se rapporte à sa vie interne.
Doté desdits présupposés et garanties, l’Institut parcourt déjà sa sixième année d’activité et de rendement, avec comme recteur actuel le professeur Vlassios Phidas et, comme professeur de théologie, l’auteur de cet exposé.
Voilà esquissée la structure institutionnelle de l’Institut qui porte le sceau personnel et la signature de Sa Sainteté.
Hormis cela, la contribution du Patriarche, toujours bénéfique et destinée à développer le Centre et l’Institut, est manifeste dans ses paroles et ses actes, passés et récents, en faveur de ces deux institutions qui se complètent l’une l’autre. J’en cite quelques uns à titre d’exemple.
Il existe de très nombreuses citations du Centre et de l’Institut dans les Messages commémoratifs que le Patriarche adresse à l’occasion de toute manifestation scientifique ou ecclésiale qui a lieu sous ces deux toits. « Le temps me ferait défaut pour raconter » si je voulais citer tous les documents patriarcaux. Ceux qui participent aux multiples et très importantes manifestations, réalisées à Chambésy, ont une idée précise et une confirmation de l’intérêt que le Patriarche porte à ces deux établissements de l’Église et de l’importance qu’il leur accorde.
Je me contente de citer les plus récents. Ce sont des paroles et des qualificatifs employés touchant directement à l’importance et à l’utilité de ces deux institutions qu’il a aimées et qu’il aime, étant donné que Dieu lui a accordé de les suivre de près durant son ministère ecclésiastique et de les bénir en qualité de Patriarche œcuménique.
Un mot de lui m’a littéralement captivé : petite-fille. Par ces mots, il donne toute la mesure de son affection. Le Centre et l’Institut sont pour l’Église et pour le cœur du Patriarche, leur petite-fille. Il l’a utilisé en 1995, lorsque, à son retour de Rome et de Canterbury, il s’est rendu en visite officielle au Conseil Œcuménique des Églises et à Chambésy. « Nous rendons grâce au Dieu tout miséricordieux, dit-il dans son allocution, d’avoir gratifié le Patriarcat œcuménique, attaqué de plusieurs parts, de cette petite-fille aimée et aimante. Son existence, sa contribution, son activité est une source de consolation pour mon humble personne et pour le Centre vénérable en général… Cela est dû non pas aux conditions adverses qui surgissent parfois ici et là, mais au fait que nos cœurs battent à l’unisson dans le service du Verbe de Dieu. Un peu de levain, des ouvriers peu nombreux, des ouailles peu nombreuses dans une vaste région, pour une moisson abondante. Dès lors, il est temps de travailler, de prier, de se donner de la peine. Jusqu’à ce que le Seigneur repose chacun de son ouvrage et l’appelle auprès de Lui pour les siècles ».
Aucun commentaire sur toutes ces paroles claires et sages. L’Église Mère n’a pas eu, n’a pas que des Églises filles ou sœurs. Elle a aussi sa petite-fille, avec tout ce que cet attribut signifie pour le Centre en tant qu’extension inégalable du Patriarcat.
À ceci, le Patriarche ajoute le vœu : « …Nous souhaitons que ce Centre soit pour toujours un lieu de rencontre ecclésiale et culturelle entre l’Orient et l’Occident, une voie de communication fraternelle réciproque, destinée au bien commun et à la gloire de Dieu. »
Lorsque le temps est venu et que l’Institut fut ajouté aux activités du Centre, le Patriarche écrit, dans son message adressé au métropolite Damaskinos pour la cérémonie d’inauguration : « …l’Institut de Théologie Orthodoxe inauguré est destiné à porter ce bienfaisant message, à diffuser cette Bonne Nouvelle et, dès lors, nous levons notre fervente prière au Seigneur de le bénir » (23 octobre 1997).
Lors de la cérémonie du 2ème Dies Academicus (octobre 1998) de l’Institut, le Patriarche écrit aussi dans son message : « Nous considérons comme une bénédiction particulière de Dieu la réussite de cette entreprise dans laquelle nous fondons de nombreux espoirs pour former et révéler des cadres qualifiés et possédant une solide formation en théologie orthodoxe, si nécessaires au monde qui se tourne plein d’espoir vers la théologie proto-chrétienne inaltérée que l’Église orthodoxe exprime. »
À l’occasion, enfin, de la cérémonie du 5ème Dies Academicus (octobre 2001), le Patriarche écrit dans son message : « C’est une œuvre élevée et digne de Dieu d’explorer ce trésor spirituel inépuisable. Cette tâche demande sérénité et prière, dévotion et humilité. Nos pères nous ont fourni l’exemple. Or, « les cœurs purs et les lèvres sans souillure », ils ont abordé et enseigné la théologie orthodoxe, et ils ont parfaitement formulé les doctrines de notre sainte foi. Vous remplissez certainement ces mêmes conditions, vous qui désirez ardemment sonder « les profondeurs de Dieu », selon l’Apôtre, les mystères qui nous ont été révélés en Jésus Christ et qui nous conduisent au salut. »
En conclusion : un geste du Patriarche d’une signification particulière. Je cite un fait récent, révélateur de la disposition de grâce et de bénédiction qui anime Sa Sainteté. En décembre dernier, à son retour du Liechtenstein où il venait de recevoir le grand « Prix pour la nature et la protection de l’environnement de l’année 2002 », décerné par la Fondation binding et assorti d’une somme de cinquante mille francs suisses, le Patriarche a donné cette somme « pour les besoins de la bibliothèque du Centre patriarcal et de l’Institut ».
Il me semble que ces quelques exemples suffisent à illustrer la véritable contribution de croissance, apportée par Sa Sainteté le patriarche Bartholomaios au célèbre Centre patriarcal et à l’Institut Orthodoxe d’Études Supérieures, fonctionnant auprès du Centre et portant sa signature et son sceau patriarcal.
Tirons à présent la morale de ce qui vient d’être dit. Les œuvres de l’Église sont fondées, consolidées et développées par les personnes et avec les personnes. Certes, elles sont « le champ de Dieu ». Nul doute aussi que les hommes « sont les coopérateurs de Dieu ». Ce sont eux que, dans Sa providence, Dieu appelle à chaque fois comme maîtres d’œuvre et, c’est par eux, qu’Il édifie Son Église et en consolide les institutions.
Souvenir de justes, les deux Patriarches, dignes d’éloges, qui reposent en le Seigneur. Source de grâce et de vérité, Sa Sainteté l’actuel chef et ministre de l’Église Mère.
Béni soit en tout le nom du Seigneur !