Décisions de la IIIe Conférence panorthodoxe préconciliairesur le mouvement œcuménique
Le saint et grand concile qui prépare l’Église orthodoxe constitue pour l’orthodoxie un événement majeur. En effet, la réunion du Concile s’avère nécessaire à l’issue des péripéties que plusieurs Églises orthodoxes locales ont connues au cours du 20ème siècle. En outre, le fonctionnement de l’orthodoxie est synodal, indépendamment de la réunion ou non de Conciles panorthodoxes. Dans ce sens, le Concile ne peut ni ne doit être assimilé au Concile Vatican II de l’Église catholique romaine, étant donné qu’il sert des buts différents et exprime une tradition différente de fonctionnement de l’institution conciliaire. Le Saint et Grand Concile est une assemblée synodale de l’orthodoxie et correspond à une demande de la conscience ecclésiale, devenue encore plus manifeste dès le début du 20ème siècle, en dépit de l’absence, pour des raisons bien connues, des conditions objectives à sa réunion jusqu’à la dernière décennie du siècle passé. Cependant, à la fin de la Deuxième Guerre mondiale, le patriarche œcuménique Athénagoras associa l’initiative de resserrer les liens interorthodoxes avec la décision ecclésiale officielle de préparer le Saint et Grand Concile de l’Église orthodoxe. Par conséquent, la décision prise unanimement par les délégués des Églises orthodoxes lors de la 1ère Conférence panorthodoxe (Rhodes, 1961) a ouvert la voie vers le concile de l’orthodoxie, un événement très important pour l’Église orthodoxe parce qu’on y confirme l’unité infrangible (qui ne peut être rompue) de l’orthodoxie dans la foi commune et l’ordre canonique.
La préparation du Saint et Grand Concile est une tâche commune de toutes les Églises orthodoxes territoriales, autocéphales ou autonomes. Celles-ci y travaillent activement sous la coordination du Patriarcat œcuménique. La 4ème Conférence panorthodoxe (Chambésy, 1968) a précisé le contexte institutionnel des procédures mises sur pied pour préparer les thèmes figurant à l’agenda du Concile. Elle a créé le Secrétariat pour la préparation du Saint et Grand Concile, siégeant à Chambésy (Genève), et en a confié la charge au directeur du Centre orthodoxe du Patriarcat œcuménique. Elle a aussi défini la procédure d’élaboration par les Églises territoriales d’études (= contributions), sur la base desquelles le Secrétariat est chargé de présenter un rapport à la Commission interorthodoxe préparatoire et aux Conférences panorthodoxes préconciliaires. La 1ère Conférence panorthodoxe préconciliaire (Chambésy, 1976) a choisi dans la liste établie par la 1ère Conférence panorthodoxe (Rhodes, 1961) les dix thèmes les plus significatifs pour figurer dans l’agenda du Concile, sans exclure la possibilité pour celui-ci d’en discuter d’autres. Les dix thèmes couvrent d’importants domaines à la fois pour le bon fonctionnement des relations interorthodoxes (institution canonique de l’autocéphalie et de l’autonomie, organisation canonique de la Diaspora orthodoxe, Diptyques orthodoxes) et pour les relations de l’orthodoxie avec l’ensemble du monde chrétien (participation au Mouvement œcuménique, dialogues théologiques bilatéraux, officiellement engagés avec les autres Églises chrétiennes), ainsi que pour le renouveau du message de l’orthodoxie sur des questions actuelles concernant l’humanité (paix, justice sociale, droits de personnes, protection de l’environnement, questions de bioéthique, etc.). L’examen des thèmes, figurant dans la deuxième et la troisième unité, est déjà complété par l’acceptation unanime des documents qui les concernent par la 2ème (Chambésy, 1982) et la 3ème Conférence panorthodoxe préconciliaire (Chambésy, novembre 1986).
Les textes de la IIIe Conférence panorthodoxe préconciliaire sur la participation au Mouvement œcuménique et dialogues théologiques bilatéraux, officiellement engagés avec les autres Églises chrétiennes, qui ont été signés par tous les chefs des délégations, ont été communiquès par le Secrétariat pour la préparation du saint et grand Concile aux Primats des Eglise orthodoxes locales et - selon la décision de la Conférence – sont publiés dans le bulletin d’information du Centre orthodoxe du Patriarcat œcuménique Episkepsis, 369 (15.12.1986) p. 14-17.
DÉCISION IIIe CONFÉRENCE PANORTHODOXE PRÉCONCILIAIREChambésy, 28 octobre – 6 novembre 1986RELATIONS DE L’ÉGLISE ORTHODOXE AVEC L’ENSEMBLE DU MONDE CHRÉTIEN
L’Église orthodoxe a toujours été en faveur du dialogue tant pour des raisons théologiques que pour des raisons pastorales. Au cours de ces dernières années, elle a entamé un dialogue théologique avec un grand nombre d’Églises et de Confessions chrétiennes, dans la conviction qu’à travers ce dialogue elle donne un témoignage dynamique de ses trésors spirituels à tous ceux qui se trouvent en dehors de ses limites, et dans le but de préparer la voie conduisant vers l’unité. L’Église orthodoxe, étant l’Église une, sainte, catholique et apostolique, a pleinement conscience de sa responsabilité dans la voie vers l’unité du monde chrétien, reconnaît l’existence de fait de toutes les Églises et Confessions chrétiennes, mais croit aussi que toutes les relations qu’elle entretient avec ces dernières doivent se fonder sur la clarification, le plus rapidement possible et le plus objectivement possible, de toute la question de l’ecclésiologie et, plus particulièrement, de l’enseignement général que celles-ci professent sur les sacrements, la grâce, le sacerdoce et la succession apostolique. Les dialogues théologiques bilatéraux, menés actuellement par l’Église orthodoxe, sont l’expression authentique de cette conscience de l’Orthodoxie. Il est évident que l’Église orthodoxe, tout en dialoguant avec les autres chrétiens, n’ignore pas les difficultés liées à une telle entreprise ; bien plus, elle comprend les obstacles qui se dressent sur la route du retour vers la tradition commune de l’ancienne Église indivise, et elle espère que le Saint-Esprit, qui constitue toute l’institution de l’Église, pourvoira aux insuffisances. En ce sens, au cours de ces dialogues théologiques, l’Église orthodoxe ne s’appuie pas uniquement sur les forces humaines de ceux qui mènent les dialogues, mais également sur la protection du Saint-Esprit et la grâce du Seigneur qui a prié pour que tous soient un (Jn 17,21). Les dialogues théologiques bilatéraux actuels, annoncés par des Conférences panorthodoxes, sont l’expression de la décision unanime de toutes les très saintes Églises orthodoxes locales qui ont le devoir suprême de participer activement et avec continuité à leur déroulement ; ceci afin de ne pas mettre d’obstacle au témoignage unanime de l’Orthodoxie pour la gloire du Dieu Trinitaire. Dans le cas où une Église décide de ne pas désigner de délégués – pour l’un des Dialogues ou pour une assemblée précise – si cette décision n’est pas prise à l’échelon panorthodoxe, le dialogue se poursuit. L’absence d’une Église doit, quoi qu’il en soit – avant l’ouverture du dialogue ou de l’assemblée en question – faire l’objet d’une discussion au sein de la Commission orthodoxe engagée dans le dialogue ; cela pour exprimer la solidarité et l’unité de l’Église orthodoxe. Les problèmes qui surgissent au cours des discussions théologiques des Commissions théologiques mixtes ne justifient pas toujours à eux seuls le rappel unilatéral des délégués ou même la suspension définitive de la participation d’une Église orthodoxe locale. On doit éviter dans la règle qu’une Église ne se retire d’un dialogue en déployant tous les efforts nécessaires à l’échelon interorthodoxe pour rétablir la représentativité complète au sein de la Commission théologique orthodoxe engagée dans ce dialogue. La méthodologie qui est suivie dans le déroulement des dialogues théologiques vise à trouver une solution aux divergences théologiques héritées du passé ou à celles qui ont pu apparaître récemment et à rechercher les éléments communs de la foi chrétienne. Elle présuppose également la mise au courant du plérome de l’Église sur l’évolution des différents dialogues. Dans le cas où on ne parvient pas à surmonter une divergence théologique précise, le dialogue théologique se poursuit après qu’on a enregistré le désaccord constaté sur cette question théologique précise et qu’on a informé de ce désaccord toutes les Églises orthodoxes locales, cela en vue des mesures à prendre par la suite. Il est évident qu’au cours des dialogues théologiques, le but poursuivi par tous est le même : le rétablissement final de l’unité dans la vraie foi et dans l’amour. Il reste néanmoins que les divergences théologiques et ecclésiologiques existantes permettent en quelque sorte une hiérarchisation quant aux difficultés qui se présentent sur la voie de la réalisation de ce but fixé à l’échelon panorthodoxe. La spécificité des problèmes liés à chaque dialogue bilatéral présuppose une différenciation dans la méthodologie à suivre dans chaque cas ; mais pas une différenciation dans le but, car le but est le même pour tous les dialogues. Malgré cela, un effort de coordination de la tâche des différentes Commissions théologiques interorthodoxes s’impose, en cas de nécessité, d’autant plus que l’unité ontologique et indissoluble existant au sein de l’Église orthodoxe doit être révélée et se manifester également dans le cadre de ces dialogues. La conclusion de tout dialogue théologique proclamé officiellement correspond à l’achèvement de la tâche de la Commission théologique mixte désignée à cet effet ; c’est alors que le Président de la Commission interorthodoxe soumet un rapport au Patriarche œcuménique, lequel, en accord également avec les Primats des saintes Églises orthodoxes locales, proclame la clôture du dialogue. Aucun dialogue n’est considéré comme achevé avant que sa fin ne soit proclamée par une telle décision panorthodoxe. La décision panorthodoxe, au cas où un dialogue théologique s’achèverait avec succès, de rétablir la communion ecclésiale doit pouvoir se fonder sur l’unanimité de toutes les Églises orthodoxes locales.
A. Le dialogue avec les Anglicans La IIIe Conférence panorthodoxe préconciliaire juge satisfaisante l’œuvre accomplie à ce jour par la Commission théologique mixte chargée du dialogue entre les Églises orthodoxe et anglicane, et ce malgré les tendances manifestées par les Anglicans à vouloir sous-estimer ce dialogue. Ladite Commission a rédigé des textes communs sur la triadologie, l’ecclésiologie, ainsi que sur la vie, le culte et la tradition de l’Église. En même temps, notre Conférence observe que l’accord signé en 1976 à Moscou sur la suppression du Filioque du Credo n’a pas encore trouvé un large écho. De même, malgré les discussions et les Déclarations faites par les Orthodoxes à Athènes (1978), et ailleurs, contre l’ordination des femmes, un certain nombre d’Églises de la Communion anglicane continuent à procéder à de telles ordinations. Ces tendances peuvent avoir des retombées négatives sur la poursuite du dialogue. Une difficulté majeure pour la poursuite sans entraves de ce dialogue découle également des présupposés ecclésiologiques flexibles et incertains des Anglicans, qui, comme tels, pourraient relativiser le contenu des textes théologiques signés en commun. Une difficulté semblable provient de diverses déclarations extrémistes de certains prélats anglicans sur des questions de foi. En ce qui concerne plus particulièrement la thématique du dialogue, la Conférence conseille de souligner le consensus qui pourrait exister sur des questions dogmatiques divisant les deux Églises. On pourrait également inscrire, parmi les thèmes, des questions de spiritualité, de soin pastoral et de diaconie touchant aux besoins spirituels du monde actuel.
B. Le dialogue avec les Vieux-Catholiques La IIIe Conférence panorthodoxe préconciliaire exprime sa satisfaction face aux progrès du dialogue théologique entre les Églises orthodoxe et vieille-catholique, un dialogue dont la tâche sera bientôt achevée. Vingt textes ont déjà été rédigés et acceptés en commun, portant sur un nombre correspondant de thèmes théologiques, christologiques, ecclésiologiques, sotériologiques, sur la Mère de Dieu et sur certains sacrements ; au cours de la prochaine réunion de la Commission théologique mixte, des thèmes relatifs aux sacrements et à l’eschatologie, ainsi qu’aux présupposés et aux conséquences de la communion ecclésiale, seront examinés. Notre Conférence considère qu’il ne faut pas passer sous silence deux aspects essentiels pour une meilleure évaluation des résultats de ce dialogue : (a) le maintien de l’ancienne pratique de l’Église vieille-catholique consistant à entretenir l’intercommunion avec l’Église anglicane, ainsi que les tendances récentes vers une telle pratique avec l’Église évangélique d’Allemagne. En effet, celles-ci amoindrissent l’importance des textes ecclésiologiques signés en commun ; (b) les difficultés rencontrées par l’Église vieille-catholique pour incorporer et appliquer pleinement dans sa vie la théologie des textes théologiques signés en commun. Ces deux questions doivent faire l’objet d’un examen de la part des autorités compétentes de l’Église orthodoxe quant à leurs répercussions ecclésiologiques et ecclésiastiques. Ceci dans le but de poser, aussitôt que possible, les présupposés ecclésiastiques au rétablissement de la communion ecclésiale avec les Vieux-Catholiques. En effet, l’éventuelle réussite de ce dialogue théologique aura des répercussions favorables sur les autres dialogues en cours et renforcera leur crédibilité.
C. Le dialogue avec les anciennes Églises orientales La IIIe Conférence panorthodoxe préconciliaire salue avec grande satisfaction l’ouverture récente de ce dialogue et se réjouit du choix de la christologie comme premier thème à examiner. Les perspectives de ce dialogue laissent espérer avec un certain fondement que des solutions seront trouvées en commun aux questions concernant l’« horos » du IVe Concile œcuménique, en étroit rapport également avec les décisions christologiques des autres Conciles œcuméniques, et les moyens menant à l’acceptation des XVe, Ve, VIe et VIIe Conciles œcuméniques, à la levée des anathèmes prononcés de part et d’autre, etc. Quoi qu’il en soit, le dialogue en question serait renforcé si on étudiait et cherchait à résoudre en parallèle les problèmes pastoraux communs, les deux familles d’Églises vivant dans un même milieu et ayant des présupposés ecclésiaux communs ; deux éléments qui peuvent contribuer à la solution de ces problèmes.
D. Le dialogue arec les Catholiques romains La IIIe Conférence panorthodoxe préconciliaire salue avec satisfaction les étapes constructives qui ont été franchies et proclame la volonté et la décision de l’Église orthodoxe de poursuivre cet important dialogue. Celui-ci a abouti d’une part à la rédaction d’un texte commun sur le thème « Le mystère de l’Église et de l’Eucharistie à la lumière du mystère de la Sainte Trinité » et d’autre part à l’étude en commun du thème « Foi, Sacrements et Unité de l’Église ». Toutefois, notre Conférence signale l’existence de certains problèmes concernant la thématique, la méthodologie et autres, qui entravent la marche rapide et efficace du dialogue. Afin de dépasser ces problèmes dans la mesure du possible et d’améliorer, de manière générale, les conditions de poursuite de ce dialogue, notre Conférence désire avancer certaines propositions. Il va de soi que ce qui sera proposé devra être accepté par l’autre partie, conformément à la procédure de ce dialogue établie et acceptée en commun. En ce qui concerne la thématique, la Conférence propose de choisir dorénavant les thèmes du dialogue non pas seulement parmi ceux qui « unissent » les deux Églises, mais aussi parmi ceux qui les « divisent », notamment ceux qui ressortissent au domaine de l’ecclésiologie. Quant à la méthodologie, la Conférence propose : (a) la rédaction de projets de textes séparés – un orthodoxe et un catholique romain – qui serviront de base au travail des sous-commissions pour la rédaction de la première version des textes communs ; (b) l’exercice d’une critique orthodoxe sur les textes communs rédigés par le Comité de coordination déjà dans le cadre de la Commission interorthodoxe ; (c) l’existence de deux textes originaux, au lieu d’un seul, l’un en grec et l’autre en français, et l’utilisation plus large dans ces textes d’un langage et d’une terminologie bibliques et patristiques ; (d) l’acceptation des textes communs lors de chaque réunion de la Commission mixte non pas individuellement, mais par les deux Commissions, en tant que parties engagées dans le dialogue à titre égal. Plus particulièrement, afin de faire avancer ce dialogue sans entraves, il est indispensable de discuter très vite des retombées défavorables au dialogue de certains problèmes épineux, tels l’uniatisme et le prosélytisme. L’existence et la continuation de l’uniatisme, aussi bien sous ses formes historiques que sous ses manifestations actuelles, ainsi que le prosélytisme exercé sous diverses formes – éléments négatifs dans la vie de nos Églises – sont des réalités inacceptables pour l’Orthodoxie et constituent des facteurs négatifs entravant la poursuite de notre dialogue bilatéral. Dans cette perspective, nous proposons que la réalité de l’uniatisme, ainsi que le prosélytisme exercé à travers lui ou par d’autres moyens, soient examinés dans une des prochaines étapes du dialogue en tant que priorité ecclésiologique. Devant les retombées pastorales et autres de l’uniatisme et du prosélytisme – négatives aussi bien pour l’Orthodoxie que pour son dialogue avec l’Église catholique romaine – nous proposons de rechercher dès que possible les moyens appropriés pour trouver les solutions pratiques indispensables.
E. Le dialogue avec les Luthériens La IIIe Conférence panorthodoxe préconciliaire constate avec satisfaction que ce dialogue a commencé sous de bons augures ; que ceux qui le mènent ont choisi d’examiner en priorité l’ecclésiologie, thème fondamentalement lié aux problèmes les plus importants et aux divergences théologiques qui en découlent. Notre Conférence espère qu’au cours des discussions bilatérales et au cours de l’élaboration de textes communs, une importance égale sera accordée à l’élément académique et à l’élément ecclésial. Nous pouvons déjà entrevoir certaines difficultés qui surgiront à l’avenir dans le déroulement de ce dialogue ; cependant nous espérons qu’avec l’aide de Dieu il se révélera fructueux et utile.
F. Le dialogue avec les Réformés La IIIe Conférence panorthodoxe préconciliaire souhaite que le dialogue théologique en préparation entre l’Église orthodoxe et les Réformés débute officiellement et évolue dans un esprit positif et créatif. Elle exprime également l’espoir que ce dialogue profitera de l’expérience acquise au cours des autres dialogues théologiques et tirera parti de leurs conclusions positives, tout en évitant de répéter leurs expériences négatives. L’inquiétude justifiée de certaines Églises orthodoxes locales face au prosélytisme exercé par certains Luthériens et Réformés aux dépens du plérome orthodoxe peut créer des complications et rendre plus difficile la poursuite de ces dialogues. Par ailleurs, la tendance observée chez les Luthériens et les Réformés à élargir la pratique de l’ordination des femmes est jugée comme une évolution négative qui relativise la crédibilité des dialogues en question. Plus particulièrement, la Conférence recommande qu’une commission interorthodoxe étudie la question de l’ordination des femmes, afin de mettre en avant l’enseignement orthodoxe à ce sujet dans tous les dialogues avec des Églises et Confessions chrétiennes qui procèdent à de telles ordinations. Fait au Centre orthodoxe du Patriarcat œcuménique à Chambésy, Genève, le 5 novembre 1986.
DÉCISION IIIe CONFÉRENCE PANORTHODOXE PRÉCONCILIAIRE
Chambésy, 28 octobre – 6 novembre 1986
ÉGLISE ORTHODOXE ET MOUVEMENT ŒCUMÉNIQUE 1. L’Église orthodoxe, dans sa conviction intime et dans sa conscience ecclésiale d’être la détentrice et le témoin de la foi et de la tradition de l’Église une, sainte, catholique et apostolique, croit fermement qu’elle occupe une place centrale dans le monde d’aujourd’hui pour ce qui touche au progrès de l’unité des chrétiens. 2. L’Église orthodoxe constate qu’au cours de l’histoire, pour des raisons variées et de diverses manières, on a vu apparaître des déviations nombreuses et importantes par rapport à la tradition de l’Église indivise. C’est ainsi que se sont manifestées dans le monde chrétien des conceptions divergentes au sujet de l’unité et de l’essence même de l’Église. L’Église orthodoxe assoit l’unité de l’Église sur le fait qu’elle a été fondée par notre Seigneur Jésus-Christ, ainsi que sur la communion dans la Sainte Trinité et dans les sacrements. Cette unité s’exprime à travers la succession apostolique et la tradition patristique, et a été vécue jusqu’à ce jour en son sein. L’Église orthodoxe a la mission et le devoir de transmettre toute la vérité, contenue dans la sainte Écriture et la sainte Tradition, et qui donne à l’Église son caractère universel. La responsabilité de l’Église orthodoxe ainsi que sa mission œcuménique quant à l’unité de l’Église ont été exprimées par les Conciles œcuméniques. Ceux-ci ont souligné tout particulièrement le lien indissoluble qui existe entre la vraie foi et la communion eucharistique. L’Église orthodoxe a toujours cherché à entraîner à sa suite les différentes Églises et Confessions chrétiennes vers la recherche en commun de l’unité perdue des chrétiens, afin que tous aboutissent à l’unité de la foi. 3. L’Église orthodoxe, qui prie sans cesse pour l’union de tous, a pris part au Mouvement œcuménique dès sa naissance et a contribué à sa formation et à son développement ultérieur. D’ailleurs, de par l’esprit œcuménique qui la distingue, l’Église orthodoxe a toujours combattu, au cours de l’histoire, pour le rétablissement de l’unité chrétienne. Ainsi donc, la participation orthodoxe au Mouvement œcuménique ne va aucunement à l’encontre de la nature et de l’histoire de l’Église orthodoxe. Elle constitue l’expression conséquente de la foi apostolique dans des conditions historiques nouvelles et face à de nouvelles exigences existentielles. 4. C’est dans cet esprit que toutes les saintes Églises orthodoxes locales participent activement aujourd’hui à différents organes nationaux, régionaux ou internationaux du Mouvement œcuménique, et prennent part à différents dialogues, bilatéraux et multilatéraux ; cela malgré les difficultés et les crises qui peuvent surgir occasionnellement dans le cheminement normal de ce même Mouvement. Cette activité œcuménique pluridimensionnelle a sa source dans le sentiment d’une responsabilité et dans la conviction que la coexistence, la compréhension réciproque, la collaboration et les efforts communs vers une unité chrétienne sont essentiels, pour ne pas créer d’obstacle à l’Évangile du Christ (I Cor 9,12). 5. Un des principaux organes du Mouvement œcuménique contemporain est le Conseil œcuménique des Églises (COE). Malgré le fait qu’il ne regroupe pas en son sein toutes les Églises et Confessions chrétiennes, et que d’autres organismes œcuméniques remplissent aussi une mission fondamentale dans le progrès du Mouvement œcuménique pris de manière plus large, le COE représente à l’heure actuelle un organe œcuménique structuré. Certaines Églises orthodoxes ont été membres fondateurs de ce Conseil ; et par la suite, toutes les Églises orthodoxes locales en sont devenues membres. Comme on l’a déjà signalé à l’échelon panorthodoxe (IVe Conférence panorthodoxe, 1968), l’Église orthodoxe constitue un membre à part entière et à part égale du Conseil œcuménique des Églises, et met en œuvre tous les moyens dont elle dispose pour contribuer au progrès et à la bonne marche de l’ensemble des travaux du COE. 6. Cependant l’Église orthodoxe, fidèle à son ecclésiologie, à l’identité de sa structure interne et à l’enseignement de l’Église indivise, tout en participant au COE, refuse absolument l’idée de l’égalité des confessions et ne peut concevoir l’unité de l’Église comme un rajustement interconfessionnel. Dans cet esprit, l’unité recherchée dans le COE ne peut être simplement le produit d’accords théologiques. Dieu appelle tout chrétien à l’unité de la foi, telle qu’elle est vécue dans le mystère et la tradition au sein de l’Église orthodoxe. 7. Les Églises orthodoxes membres du COE reconnaissent l’article-base de sa Constitution, son but et ses aspirations. Elles sont intimement convaincues que les présupposés ecclésiologiques contenus dans la Déclaration de Toronto (1950), intitulée L’Église, les Églises et le Conseil œcuménique des Églises, sont d’une importance capitale pour la participation orthodoxe audit Conseil. Il va de soi, dès lors, que le COE n’a rien d’une super-Église et ne doit en aucun cas le devenir. Le but poursuivi par le Conseil œcuménique des Églises n’est pas de négocier l’union des Églises, ce qui ne peut être le fait que des Églises elles-mêmes, sur leur propre initiative ; il s’agit plutôt de créer un contact vivant entre les Églises et de stimuler l’étude et la discussion des problèmes touchant à l’unité chrétienne (Déclaration de Toronto, § 2). 8. Les études théologiques et les autres activités inscrites aux programmes du COE sont des moyens de rapprochement des Églises. Mention soit faite, en particulier, de la Commission « Foi et Constitution », qui poursuit l’œuvre du « Mouvement universel pour la Foi et la Constitution ». Signalons que le texte « Baptême, Eucharistie, Ministère », élaboré par ladite Commission avec la participation de théologiens orthodoxes, ne reflète pas la foi de l’Église orthodoxe sur de nombreux points d’importance capitale. Il constitue malgré tout un pas important dans l’histoire du Mouvement œcuménique. 9. Le COE, cependant, en tant qu’instrument au service des Églises-membres, ne s’occupe pas seulement du dialogue multilatéral mené dans le cadre de la Commission « Foi et Constitution ». Le large éventail de ses activités, que ce soit dans les domaines de l’évangélisation, de la diaconie, de la santé, de la formation théologique, du dialogue interreligieux, de la lutte contre le racisme, du progrès des idéaux de paix et de justice, recouvre des besoins propres aux Églises et au monde actuel, et donne l’occasion d’un témoignage et d’une action communs. L’Église orthodoxe apprécie cette activité pluridimensionnelle du COE et collabore activement, du mieux qu’elle le peut, dans les domaines dont il a été question. 10. La VIe Assemblée générale du COE à Vancouver a vu s’ouvrir des perspectives nouvelles pour une participation plus importante des Orthodoxes au sein du COE. L’équilibre que l’Assemblée de Vancouver à tenté d’instaurer entre les tâches théologiques et sociales du Conseil ouvre des horizons nouveaux pour la pénétration de la pensée théologique orthodoxe dans la vie et les activités du COE. 11. Il est un fait cependant que le témoignage fondamental de l’Orthodoxie et son apport théologique spécifique perdront de leur force si on n’offre pas aux Églises orthodoxes les conditions nécessaires leur permettant d’agir à égalité avec les autres membres du COE, sur la base de leur propre identité ecclésiologique et selon leur propre mode de pensée ; ce qui n’est pas toujours le cas, vu la structure et les principes de procédure qui régissent le fonctionnement du COE. Cela vaut également pour la participation et la collaboration des Églises orthodoxes locales à d’autres organisations interchrétiennes comme la Conférence des Églises européennes (KEK) ou tout autre Conseil local ou régional auquel l’Église orthodoxe est appelée à collaborer et apporter son témoignage. Concernant ce qui précède, notre inquiétude s’exprime ici de voir le COE s’élargir sans cesse en acceptant comme nouveaux membres différentes communautés chrétiennes. À long terme, cette évolution ne pourra qu’amoindrir la présence orthodoxe dans les différents corps administratifs et consultatifs du COE, et ceci au détriment d’un dialogue œcuménique sain mené dans le Conseil. C’est pourquoi il faut élaborer de nouvelles dispositions nécessaires pour permettre à l’Église orthodoxe de donner le témoignage et la contribution théologique que le COE attend d’elle, selon l’accord déjà intervenu entre le COE et les Églises orthodoxes membres (Desiderata de Sofia). 12. L’Église orthodoxe est consciente du fait que le Mouvement œcuménique prend des formes nouvelles pour répondre à des situations nouvelles et faire face aux défis nouveaux du monde actuel. Sur cette voie, il est indispensable que l’Église orthodoxe donne son apport créatif et son témoignage sur la base de la tradition apostolique et de sa foi. Nous prions pour que toutes les Églises orthodoxes œuvrent en commun afin que le jour soit proche où le Seigneur comblera l’espoir des Églises : Un seul troupeau, un seul berger (Jn 10,16).
Points nécessitant une action immédiate 1. La nécessité de trouver au sein du Conseil œcuménique des Églises, de la Conférence des Églises européennes et des autres Organisations interchrétiennes les conditions nécessaires pour permettre aux Églises orthodoxes d’agir à égalité avec les autres membres des Organisations susmentionnées, sur la base de leur propre identité ecclésiologique et selon leur propre mode de pensée ; ce qui souvent n’est pas le cas, vu la structure et les principes de procédure qui régissent le fonctionnement des Organisations interecclésiales précitées. Il faut en outre que soient élaborées, tant au sein du COE que des autres Organisations, de nouvelles dispositions nécessaires pour que l’Église orthodoxe puisse donner le témoignage et la contribution théologique qu’attendent d’elle ses partenaires du Mouvement œcuménique. En ce qui concerne particulièrement les relations de l’Église orthodoxe avec le COE, il faut que soient appliqués également les autres points figurant dans les Desiderata de Sofia et dont on ne s’est pas encore soucié. 2. L’Église orthodoxe, dans sa participation au dialogue théologique multilatéral mené dans le cadre de la Commission « Foi et Constitution », doit trouver les moyens de coordonner ses efforts, notamment en ce qui concerne les critères ecclésiologiques de sa participation à ce dialogue multilatéral.
|  3ème Conférence panorthodoxe préconciliaire (Chambésy, novembre 1986).
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